Vous exportez votre épisode, vous l'écoutez sur le téléphone, et le volume vous paraît juste. Puis un auditeur vous écrit qu'il doit pousser le son à fond, ou qu'il a sursauté en passant de votre épisode à un autre. Ce décalage a un nom : le loudness. Et une unité pour le mesurer, le LUFS.
C'est l'un des points que je règle à la toute fin de chaque montage, dans la phase de mastering. Voici ce que cela mesure, quel niveau viser en 2026 et comment éviter les erreurs que je corrige le plus souvent.
LUFS : ce que ça mesure vraiment
Le LUFS (Loudness Units relative to Full Scale) mesure le volume tel que l'oreille le perçoit, sur la durée d'un épisode. C'est très différent du niveau crête que vous voyez bondir sur le vumètre de votre logiciel. Un seul « p » explosif peut taper dans le rouge sans que l'épisode soit fort. À l'inverse, un épisode très compressé peut avoir des crêtes sages et sonner agressif.
Trois valeurs comptent quand on masterise un podcast :
- le LUFS intégré, la moyenne sur tout l'épisode, c'est la valeur qu'on vous demande d'atteindre ;
- le true peak (dBTP), la crête réelle du signal, y compris entre deux échantillons ;
- la plage de dynamique (loudness range), l'écart entre les passages calmes et les passages forts.
Quel niveau viser : -16 LUFS
Les recommandations d'Apple pour les podcasts sont de rester autour de -16 LUFS (Apple écrit LKFS, c'est la même mesure), avec une tolérance de plus ou moins 1 dB, et un true peak qui ne dépasse pas -1 dBFS. Spotify, de son côté, annonce une cible de -14 LUFS intégrés, toujours avec un true peak sous -1 dB.
Faut-il donc faire deux versions ? Non. Spotify normalise à la lecture : il baisse les contenus trop forts et peut remonter ceux qui sont très faibles selon les appareils. Un épisode livré à -16 LUFS passe très bien sur les deux plateformes, et c'est d'ailleurs ce que font la plupart des podcasts. Podnews a constaté que la majorité des podcasteurs produisent toujours un fichier à -16 LUFS, alors que Spotify et YouTube parlent de -14. Auphonic va plus loin : pour de la parole, -14 est trop haut, car la voix a moins de marge dynamique que la musique pop.
Et la radio justement : la norme européenne EBU R128 demande -23 LUFS. Si votre émission passe à la fois sur une antenne et en podcast, il faut livrer deux fichiers. Ne masterisez pas une version « moyenne » qui ne conviendrait à personne.
Ce qui compte avant de mesurer
Un chiffre de LUFS ne sauve pas un mauvais mix. Si l'hôte est à -20 et l'invité à -28, atteindre -16 sur l'ensemble ne règle rien : on aura juste amplifié le déséquilibre. L'ordre de travail compte donc :
J'équilibre d'abord les voix entre elles, phrase après phrase si nécessaire. J'applique ensuite la compression, qui réduit l'écart entre ce qui est dit doucement et ce qui est dit fort. Puis le limiteur attrape les dernières crêtes. Ce n'est qu'à ce moment-là que je mesure l'épisode entier et que j'ajuste le gain final pour tomber sur la cible. C'est exactement ce que j'explique dans l'article sur les 5 erreurs de montage : des niveaux qui sautent entre deux personnes font fuir l'auditeur plus vite qu'un petit souffle de fond.
« Atteindre la bonne valeur de LUFS ne répare pas un mix déséquilibré. On aura juste un mix déséquilibré à la bonne valeur. »
Les erreurs que je corrige le plus souvent
Comment vérifier sans équipement
Si vous montez vous-même, il existe des outils gratuits de mesure de loudness, souvent intégrés dans les stations de montage ou disponibles en plug-in. Ce qui compte, c'est de lire la valeur de LUFS intégré une fois l'épisode entièrement lu par l'outil, pas pendant la lecture en temps réel, sinon la mesure bouge encore.
Avant d'exporter
- Voix équilibrées entre elles (hôte et invité au même niveau perçu)
- Compression légère appliquée, limiteur en dernier sur la chaîne
- LUFS intégré mesuré sur l'épisode complet : -16, à plus ou moins 1
- True peak sous -1 dBTP, contrôlé aussi sur le fichier encodé
- Transition intro / premier mot sans saut de volume
- Écoute finale sur téléphone et sur casque, à niveau d'écoute normal
Ce que ça change pour vos auditeurs
On écoute les podcasts dans les transports, en marchant, en faisant la cuisine, souvent avec un bruit ambiant. Un épisode trop faible oblige à monter le volume, et on se prend la publicité ou le jingle suivant en pleine figure. Un épisode trop fort et écrasé fatigue en vingt minutes. Un niveau stable, sans y penser, se remarque à peine, et c'est tout le but.
Si vous voulez savoir où se situe votre dernier épisode, mesurez-le. Vous serez surpris par l'écart, dans un sens ou dans l'autre. Et si la prise de son elle-même est en cause, jetez un œil à mon article pour améliorer la qualité sonore sans changer de micro. Le mastering donne le dernier coup de polish, mais il ne remplace pas une bonne base.
Pour savoir ce que je livre exactement avec chaque épisode, y compris le niveau de loudness, le brief de montage est le bon endroit pour le préciser.