Votre épisode est monté, le mix vous convient, et il reste une étape qu'on expédie souvent : cliquer sur « Exporter ». Face à la fenêtre, les questions s'enchaînent. MP3 ou WAV ? Mono ou stéréo ? 128, 192, 320 kbps ? Et le fichier que vous envoyez à votre hébergeur, est-ce celui que vous devez garder ?

Ces réglages ne changent pas votre podcast de façon spectaculaire, mais une mauvaise combinaison peut dégrader la voix, alourdir inutilement le fichier ou vous priver d'un master propre le jour où vous en aurez besoin. Voici comment je règle l'export en fin de montage, et pourquoi.

WAV ou MP3 : deux fichiers pour deux usages

Le WAV n'est pas compressé. Il conserve tout ce que contient votre mix, et il est lourd. Le MP3 est compressé avec perte : il jette une partie de l'information pour réduire la taille du fichier, ce qui le rend adapté à la diffusion. Les deux ne s'opposent pas, ils servent à des moments différents.

Mon fonctionnement : je produis toujours un master en WAV, que je garde, et un MP3 destiné à la publication. Le WAV est la version de référence. Si dans six mois vous voulez extraire un passage pour un Reel, republier l'épisode dans un autre format ou le faire diffuser à la radio, vous repartez d'un fichier intact. Si vous ne gardez que le MP3, chaque nouvelle conversion ajoute une perte de qualité par-dessus la précédente.

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Ne jamais convertir un MP3 en MP3
Réencoder un MP3 pour changer son débit ne rend pas le son meilleur, il le dégrade encore. Repartez toujours du WAV master pour produire une nouvelle version.

Et si vous vous demandez si le WAV peut être envoyé directement : certaines plateformes l'acceptent. D'après la documentation d'Apple Podcasts, l'envoi de fichiers accepte le WAV, le FLAC et le MP3, tandis que Spotify indique accepter le MP3, le M4A et le WAV. Mais un hébergeur de podcast sert un fichier à des milliers d'appareils, souvent sur une connexion mobile. Publier un WAV de plusieurs centaines de mégaoctets n'a aucun intérêt pour l'auditeur. Votre hébergeur diffuse très bien un MP3 correctement réglé, et c'est ce que je recommande de lui fournir.

Mono ou stéréo : la question que personne ne pose

Un podcast de conversation est, dans l'immense majorité des cas, une voix ou deux voix. Un micro par personne, donc une source mono par personne. Les passer en stéréo n'ajoute rien : le même signal est simplement copié sur les deux canaux.

Concrètement, à débit identique, un fichier mono et un fichier stéréo ont la même taille. La différence est ailleurs : dans le mono, tout le budget de données sert un seul canal, donc la voix est encodée avec plus de précision. C'est pour cela que la plupart des guides d'hébergeurs recommandent pour la parole un MP3 mono en 128 kbps à débit constant (CBR), échantillonné à 44,1 kHz. Apple indique d'ailleurs une plage de 64 à 128 kbps pour du mono, ce qui laisse de la marge.

Pour Spotify, je n'ai trouvé de chiffres cohérents que sur la plage recommandée : sa documentation parle de MP3 entre 96 et 320 kbps. Un 128 kbps se situe donc dans la plage, sans vous obliger à choisir entre deux plateformes. Je vous conseille de vérifier la page à jour de votre hébergeur avant de figer vos réglages, parce que ce sont eux qui valident vraiment votre fichier.

Quand la stéréo se justifie

Il y a des cas où garder deux canaux a du sens. Un habillage sonore qui joue sur la largeur, une ambiance enregistrée en stéréo, un récit à plusieurs plans sonores. Dans ce cas, je passe en stéréo sur toute la durée de l'épisode et je monte le débit, plutôt que de mélanger les deux formats.

Cela ne concerne pas la plupart des interviews. Mon parti pris est de ne mettre de musique et d'effets que sur l'intro et le hook, jamais sous la conversation. Il n'y a donc rien à placer dans l'espace pendant 40 minutes : un export mono est plus simple et plus propre.

Le débit : où s'arrêter

Plus le débit est haut, plus le fichier est lourd. À 128 kbps, une heure d'épisode pèse environ 58 Mo, soit 16 Ko par seconde. À 320 kbps, vous multipliez cette taille par deux et demi, sans bénéfice audible sur une voix parlée, écoutée au téléphone ou au casque dans les transports.

Je monte au-dessus de 128 kbps seulement dans trois situations : une musique importante dans l'épisode (un épisode narratif, un invité musicien), une demande explicite du client, ou un contenu dont l'audio sera ensuite réutilisé. Pour un podcast de conversation classique, 128 kbps en mono, c'est le bon compromis entre qualité et poids.

Autre réglage qui compte : CBR plutôt que VBR. Avec un débit constant, la durée de l'épisode se déduit directement de la taille du fichier, ce qui limite les erreurs d'affichage dans les lecteurs. C'est aussi le réglage que recommandent les guides des hébergeurs.

Fréquence d'échantillonnage : une seule conversion

Si votre podcast existe aussi en vidéo, votre session est probablement en 48 kHz, la norme de la vidéo. Si c'est un podcast uniquement audio, vous pouvez rester en 44,1 kHz du début à la fin. Dans les deux cas, l'important est de ne convertir qu'une seule fois, à l'export, et de garder la même fréquence pendant tout le montage. Pour le reste de la différence entre les deux métiers, mon article sur le workflow entre montage vidéo et montage audio fait le tour.

Pour vous donner un ordre de grandeur, un WAV en 48 kHz et 24 bits pèse environ 390 Mo pour 45 minutes en mono, et le double en stéréo. C'est le prix à payer pour un master propre, et un disque dur externe s'en moque.

Avant d'envoyer le fichier à l'hébergeur

L'export est aussi le moment où se règlent des détails qui évitent des allers-retours. Le niveau sonore d'abord : je mesure le fichier encodé et pas seulement le master, comme je l'explique dans l'article sur les LUFS et le niveau à viser. L'encodage en MP3 peut déplacer légèrement les crêtes, d'où la marge de -1 dBTP.

Viennent ensuite les métadonnées : titre de l'épisode, nom du podcast, numéro, année, pochette. Certains hébergeurs les lisent dans le fichier, d'autres les remplacent, mais un fichier correctement étiqueté reste lisible si quelqu'un le télécharge. Enfin, un nom de fichier clair, avec le numéro de l'épisode et sans accents ni espaces, vous évitera de chercher dans un dossier de téléchargements trois mois plus tard.

Mes réglages d'export pour un podcast de conversation

  • Master archivé en WAV (24 bits), conservé avec la session
  • Fichier de publication en MP3, mono, 128 kbps en CBR, 44,1 kHz
  • Passage en stéréo uniquement si l'épisode joue vraiment sur l'image sonore
  • LUFS et true peak mesurés sur le MP3 encodé, pas seulement sur le WAV
  • Titre, nom du podcast, numéro et pochette renseignés dans les métadonnées
  • Nom de fichier simple : numéro d'épisode, titre court, sans accents
  • Écoute du fichier final, de bout en bout au moins une fois, avant de le publier

Ce que vous pouvez demander à votre monteur

Si vous confiez votre montage, ces points doivent figurer dans votre brief de montage : format de livraison, mono ou stéréo, cible de loudness, livraison ou non du master WAV. Un monteur qui vous renvoie un seul MP3 sans vous dire à quoi il correspond vous laisse sans la version de référence.

Pour résumer ma pratique : un WAV pour garder, un MP3 mono à 128 kbps pour publier, et un contrôle du niveau sur le fichier final. Ce n'est pas la partie la plus visible du travail, mais c'est celle qui évite les mauvaises surprises une fois l'épisode en ligne.

MC
Morgane Chambrin
Monteuse podcast freelance bilingue FR/EN depuis 10 ans. Clients en France, Canada, Suisse et États-Unis. Pro Tools · Premiere Pro.